Le concept cuisine fait mouche auprès d’une part importante de la population active, que ce soit à la télé, sur le net ou par des stages avec des grands chefs. Et pourtant, il y a comme un paradoxe…
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RTL-TVI débute, ce soir, la version made in Belgium de l’émission française de M6 Un dîner presque parfait qui est diffusée avec le plus grand bonheur audimatien sur Plug RTL depuis quelques mois maintenant. La chaine privée belge avait déjà investi le créneau de la cuisine avec 1000 secondes qui oblige le cuisinier Yves Matagne à réaliser un repas – entrée, plat, dessert – en moins de 17 minutes.

Hier soir, toujours sur Plug RTL, Lifestyle s’offrait une spéciale cuisine tandis que la RTBF propose sa Table des Terroirs quotidienne, vers midi en semaine.

France 3 fait la part belle à des émissions culinaires en fin de matinée depuis plusieurs années avec Maïté d’abord, Robuchon ou Pierrot de Lille ensuite et l’émission Côté cuisine depuis quelques temps maintenant. Sur la Cinq, Les escapades gourmandes de Jean-Luc Petitrenaud anime le temps de midi dominical.

A côté de ces émissions récurrentes, la cuisine sert de thématique à des reportages réalisés dans le cadre d’émissions d’info générale comme Envoyé Spécial ou encore dans des concepts plus précis à l’image de l’émission en plusieurs parties L’école des chefs diffusée récemment sur France 2.

Même la radio (ex. Bientôt à table sur La Première) et la presse écrite (ex. La Chronique de La Libre Belgique) font la part belle à la cuisine et à la gastronomie. Dois-je évoquer le net sur lequel blogs et sites de cuisine se retrouvent à la pelle avec, disons-le, plus ou moins de bonheur….

Bref, la cuisine est le créneau porteur du moment ! La meilleure preuve que l’on puisse avancer pour confirmer cette affirmation est que même TF1 s’y colle avec Je cuisine d’abord, Allô Sophie, dans laquelle une cuisinière vient à l’aide d’une personne en détresse dans sa cuisine, ensuite et La prochaine fois, c’est chez moi, un programme court juste avant le JT qui débute le 2 février prochain… Si TF1 réinvestit dans le thème de la cuisine, c’est que c’est rentable. Oui, les audiences suivent toutes ces émissions qu’elles reposent sur une forme de télé-réalité, comme Un dîner presque parfait, ou sur un concept basique de recettes données au grand public, à l’image de La table des Terroirs. Aujourd’hui, sur le câble, une chaîne thématique – Cuisine TV - est même uniquement consacrée à la thématique culinaire…

Une idée pas neuve… mais de plus en plus rentable

Certes, l’idée d’adapter la cuisine pour la télévision n’est pas neuve ! Elle est même plutôt éculée car Raymond Oliver, un cuisinier français Chef du restaurant le Grand Véfour (ndlr Trois étoiles au Michelin pendant de nombreuses années !) à Paris, apparaissait déjà sur les petits écrans en 1953. Son fils Michel prît le relais dans les années ’70 et ’80 avec l’émission La vérité est au fond de la marmite. Une foule de cuisiniers, plus ou moins bons, de Robuchon à Maïté en passant par les Perret fils et père, David Martin et bien d’autres se sont succédé dans les lucarnes belges et françaises en maintenant un schéma classique, celui de la réalisation de recettes à l’attention du public. Dans la seconde moitié de la décennie passée, l’Espagnol Karlos Arguignano tentait, avec un certain bonheur, d’apporter une touche plus dérisoire et plus relaxe aux émissions culinaires avec La cocina deKarlos sur TVE. De son côté, Jean-Luc Petitrenaud innovait aussi avec sa Carte Postale Gourmande» devenue par la suite Escapades gourmandes... tandis que Robuchon s’est englué pendant plusieurs années dans une émission niaise et vieillotte sur Cuisine TV et sur France 3.

Mais le vrai changement dans l’approche de la cuisine à la télé s’est fait en Angleterre avec l’arrivée fracassante de Jamie Olivier à la fin des années ’90. Lorsqu’il débarque sur les ondes de la BBC, Jamie Oliver n’a qu’une seule idée : dynamiser la traditionnelle séquence cuisine proposée par la chaîne ! Bientôt surnommé The Naked Chef (ndlr le Chef Nu) parce qu’il cuisine sans chichis, comme à la maison, et hache ses oignons entre deux plaisanteries parfois grivoises... Et l’idée est poussée plus loin encore, puisqu’on dit qu’il cuisine comme à la maison, il cuisinera dans sa maison ! Les caméras de la BBC s’installent donc dans son appartement londonien ou Jamie Oliver reçoit des amis ou des personnalités et cuisine pour eux. Jamie Olivier attire le grand public et surtout les téléspectateurs de la tranche 25-45 ans qui découvre le plaisir d’une émission de cuisine dynamique et dans l’air du temps. Dès que le programme est exporté, il fonctionne à merveille que ce soit en Belgique, en France ou ailleurs les téléspectateurs accrochent à la cuisine de Jamie…

Un paradoxe…

On peut dire, je pense, que Jamie Oliver est celui qui aura fait de la cuisine un atout pour les chaines de télévision ! A l’heure actuelle, programmer un show qui tourne autour de la cuisine c’est quasiment s’assurer un audimat respectable. La cuisine à la télé séduit, elle s’intègre dans un mode de vie branché d’ailleurs de plus en plus d’initiatives voient le jour avec la cuisine en toile de fond, ateliers, cours, stages avec des chefs… Et toutes remportent aussi un succès qui aurait été impensable voici seulement 10 ans.

Quelle que soit sa déclinaison – télévision, stages, cours, internet… -, la cuisine remporte un grand succès auprès de la population active mais plusieurs études menées par des associations de consommateurs montrent, dans le même temps, que la consommation de plats préparés achetés en grande surface est en augmentation constante… N’y a-a-t’il pas là comme un paradoxe ?

Ainsi donc les achats de plats surgelés ou en conserve a augmenté, selon une étude du CRIOC(1) menée en 2006, 78% des Belges – près de huit sur dix ! – achètent à des fréquences différentes des plats préparés ! Et lorsque l’on demande aux Belges pourquoi ils en achètent, ils avancent que ces plats tout fait qu’il n’y a plus qu’à micro-onder permettent de gagner du temps, qu’ils évitent de devoir faire à manger, qu’ils proposent des recettes plus variées ou qu’ils sont plus ludiques pour les enfants. 40% des personnes sondées par le CRIOC ont même avancé que les plats préparés sont plus sains que les plats cuisinés à la maison et 56% qu’ils ont plus de goût...

J’avoue que j’ai du mal à comprendre ! Pourquoi suivre des cours de cuisine ou des stages avec des chefs renommés, pourquoi regarder massivement des émissions culinaires si c’est pour, ensuite, aller chercher un plat préparé au Carrefour ?

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(1) Etude Les plats préparés du Centre de Recherches et d’Informations des Organisations de Consommateurs (CRIOC) avec le soutien de la Région Wallonne – Novembre 2006

Source : www.actadiurna.be.ma par Olivier Moch